Nintendo Switch 2 : Derrière une console convaincante, une politique tarifaire qui interroge
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Rédigé par Jordan
À quoi joue Nintendo ? Tous les voyants étaient pourtant au vert pour la présentation de la Nintendo Switch 2, qui pouvait surfer sur les 150 millions de Switch déjà bien installées dans les foyers. Même avec une transition peu commune pour le « petit artisan » du jeu vidéo, qui n’a jamais voulu développer une nouvelle itération d’une console, la voie était toute tracée pour que la Switch se lance sans heurt. Après le Nintendo Direct et les révélations sur la politique tarifaire qui se met en place, ce chemin ne semble plus aussi clair.

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ToggleL’entrée n’est plus aussi accessible
Enfin, soyons d’abord pragmatiques. Avec un prix d’entrée à 469 €, la Nintendo Switch 2 devrait tout de même trouver preneur. Pour le pire, tout le monde est désormais habitué à voir les tarifs de nouveaux produits technologiques augmenter, et avec un numéro « 2 » dans son nom et la promesse de jeux plus aboutis que jamais. Nintendo aura sans doute peu de peine à convaincre le grand public d’acheter sa console. Se positionner à 400 € quand la Switch OLED n’est qu’à quelques dizaines d’euros près aurait été étrange. Salvateur pour les consommateurs, mais c’est oublier que Nintendo ne fait pas dans la charité. L’inflation pourra être blâmée, même si elle a souvent bon dos. Il est cependant vrai que cette console a démarré son développement juste avant le Covid, qui a complétement bousculé le marché des composants. S’attendre à revenir à des prix-pré-Covid est désormais illusoire pour l’industrie.
Ce ticket d’entrée est surtout plus salé en Occident, en comparaison au Japon où le constructeur s’est positionné à un tarif plus abordable en raison de l’état du Yen. Reste à savoir si aux Etats-Unis, Nintendo a anticipé la mise en place des tarifs annoncés par le gouvernement Trump et a annoncé un prix qui est déjà en adéquation, ou si l’application de ces taxes va obliger l’entreprise à revoir le prix de sa machine outre-Atlantique. N’allons pas croire que l’Europe s’en sortira mieux que les Etats-Unis, les entreprises se souciant généralement guère de l’état de l’Euro, sauf lorsqu’il s’agit d’augmenter les tarifs.
469 € pour une console n’est en tout cas pas du jamais vu, et Nintendo a sans doute étudié comment la PS5 s’en est sortie malgré une hausse de son prix. On pourra en revanche s’étonner de voir Nintendo ne pas être très compétitif dans le nouveau marché des consoles portables, qu’il a ironiquement lancé de manière indirecte. Proposer ce prix quand le Steam Deck existe peut paraître osé, si l’on oublie que la console de Valve ne s’adresse pas du tout au grand public et aux plus jeunes. Mais Nintendo a des jeux. Et avec des jeux, des bons jeux, on peut justifier n’importe quel tarif d’entrée, ou presque. Avec un Mario Kart World au lancement, Nintendo s’assure de trouver un public d’entrée de jeu en plus d’avoir un long seller pour plusieurs années. Même avec un jeu vendu à 90 €.
Heel turn
Il est cependant difficile de ne pas voir en ce Nintendo de 2025 le Sony de l’ère PS3. Le constructeur sort d’une génération dorée, avec un concept parfait qui a été émulé plus d’une fois. Nintendo est sur le toit de l’industrie, une position où il peut se permettre de tirer sur la corde en sachant que personne ne pourra prendre le relai derrière lui. Plus qu’une question d’arrogance et de marché changeant, c’est le changement brutal de stratégie qui laisse sans voix. Nintendo a toujours été près de ses sous et ne baissait que rarement le prix de ses jeux, mais il restait dans l’esprit collectif le constructeur le plus consommateur friendly, jusqu’à ce que Microsoft vienne le concurrencer dans ce domaine avec l’explosion du Xbox Game Pass. On en retrouve encore quelques traces sur cette Switch 2, avec le Game Share et les cartouches virtuelles qui peuvent éviter aux familles de casquer deux fois pour un même jeu au sein d’un foyer.
Personne n’aurait pu penser que ce serait Nintendo qui casserait le plafond de verre sur le tarif d’entrée des jeux premiums, moins de 5 ans après la hausse opérée par Sony et d’autres dans ce domaine. On l’a dit, Nintendo ne fait pas dans la charité, mais ce n’était jusqu’ici pas le plus agressif. Tout change désormais. Hier encore, on pouvait se moquer avec candeur des personnes qui prévoyaient un GTA VI vendu à 100 €. Aujourd’hui, ce sont des oracles. Si Nintendo peut augmenter le tarif de ses jeux, tout le monde suivra le pas sans sourciller. C’est toute l’industrie qui doit souffler de soulagement en voyant Nintendo prendre l’initiation. Les consommateurs, eux, soufflent aussi, différemment.
Au-delà du choc, c’est l’incompréhension qui règne autour de ce prix. Lorsqu’un Sony avait ouvert la brèche et positionnait ses jeux à 80 €, il le justifiait par les coûts de développement qui augmentaient de manière drastique sur PS5. Pour beaucoup d’éditeurs, c’est une impasse à laquelle ils sont aujourd’hui confrontés. C’est cependant un autre problème qui peut se régler par d’autres façons (en gérant mieux les coûts et les priorités de développement), mais l’argument pouvait être entendu dans la mesure où le résultat était palpable à l’écran. Ce n’est pas en voyant Mario Kart World tourner que cette justification tiendra. Au contraire, Nintendo a toujours été économe dans ses productions et sait mieux maitriser le budget de chaque jeu maison. C’est d’autant plus difficile à avaler pour un Mario Kart qui se veut très familial, là où le tarif peut faire penser à un produit de divertissement de luxe. Comme le dirait un célèbre taulard : quelle indignité.
Que dire de Nintendo Switch 2 World Tour, qui ne fait que nous rappeler qu’avoir Astro’s Playroom sur PS5 était une aubaine. Vendu à part pour une dizaine d’euros, ce tour d’horizon est aussi ludique que dispensable, surtout pour un tel prix. On l’aurait cependant accueilli avec les bras grands ouverts s’il était proposé gratuitement (pas seulement parce qu’on est pingres). Non pas que l’on soit économe, mais le jeu a été bâti comme un vrai tutoriel pour la machine. Qui voudrait acheter un manuel d’utilisation à part ? Avec la première Switch, Nintendo avait au moins fait l’effort de rendre 1-2 Switch un peu consistant, malgré tout ce que l’on pourra reprocher à ce jeu qui était lui aussi vendu bien trop cher. Ne pas proposer Nintendo Switch 2 World Tour comme une expérience livrée avec la console est un choix qui nous laisse pantois, surtout après avoir pu prendre en mains le jeu et avoir constaté les limites de la proposition.
À cela s’ajoute les mises à jour payants, qui emboitent le pas de celles proposées à l’époque sur PS5. Rien de neuf à l’horizon si ce n’est que Nintendo s’engouffre dans cette pratique, avec tout de même la volonté de pousser son Nintendo Switch Online en intégrant certaines upgrades dans l’abonnement. Ce n’est pas un cadeau pour autant. Avec le Game Chat qui sera intégré au service après le lancement (voir ce service être payant a aussi de quoi nous faire souffler du nez) et l’arrivée des jeux GameCube, le prix mensuel devrait lui aussi être revu à la hausse dans les mois à venir.
Un marché physique en perdition
Derrière ce positionnement tarifaire se pose également la question de la différence entre le dématérialisé et le format physique. Qu’un jeu soit proposé au même prix peu importe son format a toujours été mal compris, dans le sens où une version numérique devrait être proposées à un prix plus accessible. Nintendo fait enfin cette différenciation, mais au lieu d’opter pour le nivellement par le bas, la facture est plus salée. Nintendo chercherait-il à tuer le format physique ? D’accord, les cartouches sont toujours là. Après tout, Nintendo ne peut pas se reposer sur béquille aussi bancale qu’est l’eShop en ce moment. Ce format physique est cependant devenu une option que tout le monde ne pourra pas se permettre.
Au-delà d’un prix élevé, les cartouches pourront désormais être de simples clés qui ne contiennent pas le jeu dans son entièreté, rendant le marché de l’occasion caduque si la pratique venait à se démocratiser. Ne pas pouvoir mettre toutes les données d’un jeu sur une cartouche est une chose, ne pas le vouloir, ce n’est pas pareil. On a presque l’impression que Nintendo cherche à s’éloigner progressivement du format physique, mais que les éditeurs tiers freinent encore cette transition. Dernier exemple récent, Cyberpunk 2077 qui sera proposé sur une seule cartouche Switch 2 de 64 Go, regroupant à la fois le jeu de base et son extension. Mieux encore, aucun téléchargement supplémentaire ne sera requis une fois la cartouche insérée dans la console. Cela laisse penser que le remplissage des cartouches se fera au cas par cas, selon la volonté (et les moyens) des éditeurs. Car s’il est envisageable de tout intégrer pour un jeu comme Cyberpunk, on imagine mal un Black Ops 6 tenir dans les mêmes contraintes, sans recourir à des téléchargements massifs.
Plutôt que de chercher à le tuer, le but de Nintendo serait plutôt de maximiser ses profits dans ce secteur. Des trois constructeurs, il est sans doute celui dont les parts de marché sur le dématérialisés sont les plus faibles. Quoi qu’on en dise, il a encore besoin qu’un parent puisse trouver en boutique un Mario Kart pour le mettre au pied d’un sapin pour son enfant. À défaut de tuer ce format, autant mieux le rentabiliser.
Qu’importe, le public suivra sans doute. L’image de la marque est revanche sacrément écornée. Depuis hier, c’est un véritable désamour qui inonde les réseaux sociaux concernant cette Switch 2. Pas tant sur la machine en elle-même. Pas tant sur les jeux proposés, malgré un line-up plutôt faible. Si tout le monde râle, c’est avant tout parce que l’on assiste à un virage économique important dans l’industrie, avec peu d’espoir d’un retour en arrière. Là où en pensait que Nintendo serait en quelque sorte le dernier bastion contre les politiques tarifaires qui saignent à blanc, c’est lui qui porte le plus grand coup de massue et qui ouvre la voie à encore plus de dérives. Un jeu physique n’a pas à être un luxe. Un jeu tout court ne doit pas l’être.
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