Si avant cela, le roi incontesté de la bande dessinée japonaise demeurait le géant Dragon Ball, le début des années 2000 a néanmoins vu naître trois concurrents très sérieux : One Piece, Bleach et Naruto. Un trio de véritables mastodontes du manga et de l’animation, qui aura déchaîné les passions durant un moment. Or, si Naruto est parvenu à s’offrir une seconde vie avec Boruto, et que One Piece n’a jamais vraiment cessé de paraître depuis 1997, Bleach a, lui, connu une véritable décadence. Phénomène compréhensible, au regard de la fin présumée d’un manga et d’une série animée considérée comme décevante par de nombreux fans. Heureusement pour ceux-ci, un autre futur était possible dans lequel Thousand Year Blood-War renversait la balance.
Une balance qui, bien entendu, n’a pas manqué de faire grimper l’attente autour des propositions vidéoludiques envisageables. Bleach ayant eu droit à quelques très sympathiques titres jusqu’à la Nintendo DS et la PSP, allait-il connaître un retour en force sous plusieurs formes ? Rien n’était moins sûr, puisque la première des nouvelles adaptations en jeu vidéo à paraître a été confiée à Tamsoft Corporation, studio ayant il y a longtemps accouché des légendaires Toshinden, avant de devenir un véritable faiseur pour des franchises méconnues, souvent plutôt niches, ne visant jamais bien haut (excepté avec le sympathique Captain Tsubasa : Rise of New Champions). Alors, Bleach : Rebirth of Souls n’est-il qu’un Arena Fighter de plus dans le torrent nous ayant déjà inondé au cours des quinze dernières années, ou propose-t-il quelque chose de neuf ?
Conditions de test : Nous avons passé une petite quinzaine d’heures sur la version Xbox Series X du titre, ce qui nous a permis de faire le tour de son mode histoire, et d’explorer le reste de sa proposition, sans aller jusqu’à essayer le online.
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ToggleLe spleen de Karakura
Bleach, c’est d’abord l’histoire de Ichigo Kurosaki. Un lycéen un peu brutal, mais gentil dans le fond, capable de percevoir la présence des défunts restés sur Terre. Faculté pas banale, qui le mènera à rencontrer Rukia Kuchiki, une Shinigami, venue dans le monde des humains pour le débarrasser de quelque engeance incarnée par les Hollow, de véritables monstres assoiffés d’âmes. S’en suit un schéma classique pour du Shônen, à base de baston, bien entendu, de montée en puissance, transformations diverses, et de pouvoir de l’amitié, cela va de soi. Un mélange qui fonctionnait bien sur papier et en animé, mais perd de sa saveur dans Rebirth of Souls.
Il faut dire que ce nouveau jeu Bleach perd beaucoup du charme de l’animé originel, dont il adapte grossièrement les événements avec une économie de moyens qui fait parfois peine à voir. Le jeu n’est déjà pas un étalon en matière de graphismes, bien qu’il remplisse globalement son office à ce niveau, mais on constate rapidement que la mise en scène n’a eu droit à aucun traitement de faveur. Le mode histoire, très attendu, se contente du strict minimum, nous faisant combattre une petite panoplie d’ennemis dans l’ordre d’apparition dicté par l’œuvre originale, le tout ponctué par des dialogues fades et des cinématiques molles, le plus souvent assez soporifiques. Heureusement que le casting japonais a répondu présent.
On aurait adoré se consoler avec l’OST de l’animé (bien que la bande son ici présente soit sympathique), mais il faudra malheureusement faire sans, comme souvent dans ce genre de productions. Et en matière de consolation, d’ailleurs, nous avons cherché un moment. Or, hormis une fidélité remarquable, et la possibilité de sauter les cinématiques, nous n’avons rien de vraiment positif à évoquer concernant le principal mode solo de Bleach : Rebirth of Souls. Non pas qu’il soit foncièrement mauvais, mais il ne peut toutefois pas se targuer d’effleurer le niveau d’intérêt et de finition d’un Naruto Shippuden : Ultimate Ninja Storm 2, sorti en 2010. Le pire, c’est encore de constater que même Dragon Ball : Sparking! Zero met à l’amende le titre de Tamsoft, lorsqu’il s’essaye à la cinématique.
Premier problème, qui est suivi de près par un second : une construction bateau, jamais surprenante, à base d’événements à parcourir, que l’on choisit via un menu austère. L’histoire nous est narrée sans que l’on puisse jamais interagir avec le monde de Bleach, dans lequel nous n’avons pas l’occasion de nous mouvoir de toute façon. Bleach : Rebirth of Souls est un jeu de combat. Ou plutôt, il n’est QU’UN jeu de combat. Exit, donc, tout ce qui ne rentre pas exactement dans cette case, pour se concentrer exclusivement sur le gameplay des affrontements, et la fidélité graphique. Si vous étiez là pour plus que ça, alors vous pouvez d’ores et déjà passer votre chemin.
La mort n’est pas une fin
Les premiers instants à diriger Ichigo ne sont pas particulièrement joyeux. La prise en main n’est pas ce qui se fait de mieux, notre personnage se mouvant en fonction de l’emplacement de son adversaire, ce qui donne la désagréable impression de ne jamais être pleinement libre de ses mouvements. Impression exacerbée par une relative mollesse dans les déplacements de base, ainsi qu’une portée assez faible des coups. Or, malheureusement, bien que le gameplay évolue au fil de l’aventure, et en fonction des personnages, il va demeurer une certaine constante déplaisante. À nouveau, Bleach : Rebirth of Souls ne tient pas la comparaison avec d’autres titres du même genre, notamment chez CyberConnect2.
Difficile de passer après le rouleau compresseur que fut Dragon Ball : Sparking! Zero, bien entendu. Bien que la comparaison soit évidemment peu pertinente en raison de l’ampleur moindre de la popularité de Bleach, et donc des moyens déployés pour cette adaptation. Mais il demeure toutefois regrettable de constater que le gameplay est moins engageant, tout en étant moins clair, que chez n’importe lequel des jeux Naruto depuis Rise of a Ninja, jusqu’à Ultimate Ninja Storm Connections. Ou encore que les différences entre les personnages sont moins visibles dans Rebirth of Souls que dans Bleach : Dark Souls sur Nintendo DS (probablement le meilleur jeu de baston de la console d’ailleurs).
Dans Bleach : Rebirth of Souls, vous devez réduire les PV de vos adversaires au néant, comme dans n’importe quel autre jeu de baston, mais il va d’abord falloir vous inquiéter de son compteur de vies. Parce qu’il va en vérité falloir vous débarrasser plusieurs fois de chacun des combattants vous faisant face, et ce dans chacun des combats du jeu. Ce qui passe par des cinématiques impossibles à passer, pendant lesquelles le personnage que l’on incarne (ou celui de l’adversaire, si l’on s’est fait punir) effectue une attaque spectaculaire. Cinématiques que vous allez finir par haïr, autant vous prévenir tout de suite.
On constate vite que le jeu a un peu de mal à expliquer ses mécaniques et son gameplay. Il faut dire que son système de vie est inutilement complexe, quand la reprise du grand classique combat par rounds aurait été parfaitement suffisant dans ce genre de productions. Ajoutez à cela une profondeur de gameplay digne des Arena Fighters de commande les plus conventionnels, dépassant heureusement l’abominable Jump Force, et vous obtenez une recette qui peine à se démarquer, pour des combats qui se ressemblent tous un peu trop.
In Utero
Malgré cela, il est vrai que l’on parvient à prendre du plaisir sur le titre, qui propose des coups assez impactant. Le gameplay est très classique, trop même, mais il fonctionne plutôt bien, avec son mélange de gardes et de brises-gardes, d’esquives et de téléportations, de coups vifs et de coups lourds, d’attaques spéciales et de transformations. Des transformations proposant plusieurs niveaux dépendant de l’état de votre personnage et de la durée du combat qui, avec le système de renversement offrant un bref avantage, sont les seuls petits twists surprenants. De riches idées, qui auraient gagné à être exploitées plus en profondeur, mais ajoutent tout de même au sentiment de puissance offert par les affrontements.
De grands absents sont à déplorer parmi les personnages jouables, c’est indéniable, mais le roster de plus de trente combattants demeure assez bien choisi et satisfaisant. On aurait aimé pouvoir jouer les Hollow que l’on tue au début de l’histoire, mais surtout des protagonistes plus centraux tels que Orihime ou les commandants de l’ordre Shinigami que sont Ukitake et Unohana. On n’aurait pas été contre voir le père de Ichigo faire une apparition non plus. Mais surtout, on aurait aimé que l’arc des Bounds soit présent, quitte à ne proposer que le combat final. Puisque aucun personnage n’est à débloquer dans le jeu, on imagine qu’il faudra se tourner vers d’hypothétiques DLC pour faire grossir le roster…
Enfin, outre son roster, le contenu de ce Bleach : Rebirth of Souls n’est pas ce qui se fait de plus convaincant là encore. On ne peut que saluer le nombre assez conséquent d’arènes, dont certains éléments comme le sol sont d’ailleurs destructibles, mais en dehors de cela c’est assez plat. Le titre vous fait gagner des points lorsque vous sortez vainqueur d’un combat, pouvant être utilisés dans une boutique fournissant des items améliorant vos performances (mais rien de folichon), ou des cosmétiques pour votre carte de joueur en ligne. Il s’arme aussi d’un très classique mode Versus en 1vs1, ainsi que d’un anecdotique (et plutôt dispensable) mode Missions. On est loin de la proposition complète d’un Heat the Soul 6 sur PSP, seize longues années plus tôt…
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